Compte rendu d’activité|Participation aux « Midi et demi concerts » à la Salle Cortot (18 mars)
Le 18 mars 2026, j’ai eu le plaisir de participer aux « Midi et demi concerts » à la Salle Cortot.
Le programme réunissait 10 pianistes, 12 chanteurs ainsi qu’un clarinettiste, offrant un concert riche et varié.
À cette occasion, j’ai interprété, en collaboration avec la pianiste Marina Mise, ancienne élève de la classe de Madame Kudela, trois mélodies de 山田耕筰 extraites du cycle Yūin :
- Hana no iro wa(La couleur des fleurs)
- Wasuraruru(L’oubli)
- Tama no o yo(Ô fil de la vie)
Ces œuvres sont basées sur des waka, une forme traditionnelle de poésie japonaise très ancienne, composée de 31 syllabes (5-7-5-7-7), permettant d’exprimer avec concision des émotions profondes liées à la nature, au temps et à l’impermanence. À titre de comparaison, le haïku, plus connu en Occident, est une forme plus courte (5-7-5), souvent associée à une évocation saisonnière.
Chaque poème est présenté ici dans sa forme originale (transcription en rōmaji) :
Hana no iro wa はなのいろは
Hana no iro wa / utsurinikeri na / itazura ni / waga mi yo ni furu / nagame seshi ma ni
La couleur des fleurs s’est fanée ; ainsi, au fil du temps et dans la contemplation mélancolique, la beauté elle-même se transforme et disparaît.
Wasuraruru わすらるる
Wasuraruru / mi o ba omowazu / chikaite shi / hito no inochi no / oshiku mo aru kana
Ce n’est pas tant d’être oubliée qui est douloureux, mais plutôt le fait que celui qui avait juré fidélité trahisse sa promesse ; une pensée empreinte de délicatesse et d’altruisme.
Tama no o yo たまのをよ
Tama no o yo / taenaba taene / nagaraneba / shinoburu koto no / yowari mo zo suru
« Ô fil de la vie », s’il devait se rompre, qu’il se rompe : car continuer à vivre, c’est devoir endurer un amour impossible. Une expression d’une intensité intérieure contenue.
山田耕筰 (Kosaku Yamada) est considéré comme l’un des fondateurs de la musique occidentale au Japon. Dans ses mélodies, il parvient à fusionner l’harmonie et les formes occidentales avec la sensibilité propre à la langue japonaise. Dans Yūin, bien que l’écriture puisse sembler complexe et presque moderne à la lecture, la sonorité évoque des instruments traditionnels japonais et reflète une sensibilité marquée par une émotion intérieure, retenue mais profonde.
Lors des répétitions, il nous a été rappelé que chanter des mélodies japonaises en France signifie aussi être, d’une certaine manière, des « ambassadrices » de notre culture, et qu’il est essentiel d’en transmettre l’authenticité avec sincérité.
Cette expérience m’a permis de réfléchir à la manière de transmettre, au-delà de la langue, la musicalité du texte et la finesse poétique à un public non japonais. Elle a également renforcé ma conviction que la musique possède une force universelle capable de dépasser les frontières culturelles.
Je souhaite continuer à faire vivre ce répertoire et à partager la richesse des œuvres japonaises auprès d’un public international.





